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"Cent ans de solitude" est une exposition qui retrace, à travers des peintures, le déroulement d'une journée où le quotidien tend vers le fantastique, et l'exotisme se confronte à des objets d'une étrange banalité.

Julien Gorgeart construit ses peintures comme on rate parfois des photographies, le flash pointé sur ses sujets, souvent décadrés. Ses œuvres sont caractérisées d'un hyperréalisme omniprésent. La réalité n'est qu'une illusion. La fidélité de type photographique qui qualifie ses peintures nous livre des représentations de scènes de vie, reconstruites à travers le montage de fragments d'images. Au pinceau, l'artiste traduit le monde réel pour créer des perspectives narratives et cinématographiques.

"Cent ans de solitude" propose des œuvres inédites réalisées à l'occasion de son exposition à la galerie Net Plus et de la Biennale Off de Rennes. Né à Quimper en 1979, Julien Gorgeart vit et travaille entre Rennes et Toulouse.

*Le titre de l'exposition, "Cent ans de solitude" est emprunté du livre éponyme de l'auteur colombien, Gabriel García Márquez, publié en 1967.

Julien Gorgeart construit ses peintures comme on rate parfois des photographies, le flash pointé sur ses sujets, souvent décadrés. Ses œuvres sont caractérisées d'un hyperréalisme omniprésent. La réalité n'est qu'une illusion. La fidélité de type photographique qui qualifie ses peintures nous livre des représentations de scènes de vie, reconstruites à travers le montage de fragments d'images. Au pinceau, l'artiste traduit le monde réel pour créer des perspectives narratives et cinématographiques.

"Cent ans de solitude" propose des œuvres inédites réalisées à l'occasion de son exposition à la galerie Net Plus et de la Biennale Off de Rennes. Né à Quimper en 1979, Julien Gorgeart vit et travaille entre Rennes et Toulouse.

*Le titre de l'exposition, "Cent ans de solitude" est emprunté du livre éponyme de l'auteur colombien, Gabriel García Márquez, publié en 1967.

La peinture est un crime presque parfait - Julien Gorgeart, artiste du surbanalisme fantastique

texte de Fabien RIBER

Julien Gorgeart construit des images réussies comme on rate parfois ses photos, fixant l'objectif sur un détail incongru, le flash pointé sur les yeux du sujet (Saynète), dans un art du décadrage assez éblouissant. Une femme nue sous la douche, laissant apparaître la naissance de seins lourds, défiant le regardeur qui voudrait en voir davantage, semble ainsi écrasée par le carrelage d'une salle de bain qui l'emprisonne (Motel, huile sur toile, 134 x 106 cm), quand un fêtard ivre, allongé sur le sol, une coupe à la main, est la victime consentante d'une prise de vue en plongée radicale (l'aquarelle Jour de fête, 39 x 52 cm). Dans son Manuel de la photo ratée, Thomas Lélu faisait en 2004 la liste des plantages possibles, dont on devine qu'un artiste tel que Julien Gorgeart peut faire ses délices: «la photo avec objet interposé», «la photo de fête», «l'air bête», «la photo sans recul», «yeux rouges»...

S'il y a du carnavalesque dans cette œuvre où le peintre sait prendre à la photographie sa vitesse d'intervention, cette capacité à surgir sans crier gare dans la réalité (Serpentins et cotillons), le sentiment d'un exil est cependant bien présent, tant guettent ici la tristesse, la ruine et le feu (la série Habitation). Pas de strict mimétisme, mais une construction des apparences, où règnent inquiétante étrangeté et mentir-vrai. L'aquarelle donnant le titre à cette exposition (Une histoire vraie) reproduit ainsi le polaroïd d'une jeune femme dénudée mais en culotte, dont on ne voit pas le visage, image dans l'image, tenue par la pince d'une main peinte en gros plan, tandis que serpente sur le sol ce qui ressemble à un câble électrique. Que s'agit-il de comprendre? Faut-il mener l'enquête comme dans Meurtres sur Canapé, cette autre aquarelle où sont juxtaposés deux couvertures de livres (Alabama Song, une série (Super) Noire) et le dessin d'une biche regardant le spectateur? Est-ce un calembour visuel et pourquoi cet effacement des noms, que l'esthète paranoïaque rétablira (Giles Leroy, Burt Hirschfeld)? Le montage intrigue, séduit, le cinéma est permanent.

En effet, Julien Gorgeart est un peintre cinéphile. Les références au septième art sont omniprésentes, de Jacques Tati (Playtime), à David Lynch ou Cronenberg (Faux semblants), non sans ironie (Saturday night fever façon Lucian Freud). Le goût du pavillonnaire, de la banalité dévorante et d'une certaine désespérance contemporaine (nos piètres jouissances) n'est en outre pas sans évoquer à la fois les premiers films de Wim Wenders, mais aussi le travail photographique de Ronan Guillou sur Los Angeles ou les nouvelles de l'écrivain américain John Cheever, le «Tchekhov des faubourgs». L'installation Le Clos normand, mettant en scène une palissade devant une toile représentant le faîte de palmiers, dit bien dans un sourire amer la distance d'avec les rêves américains de luxe, calme et volupté - le Nouveau Réalisme est désormais une chanson triste. L'histoire de la peinture est donc elle-même convoquée, de Henri-Léopold Lévy et son Hérodiate - toile de 1872 que possède le Musée des Beaux-Arts de Brest, réinterprétée ici - à Edward Hopper (Oasis, Paradise). Le cadre est large, le vide emporte le sens, la vie est une nature morte.

Dans La Photographie sans appareil, l'écrivain Gérard Macé affirme: «ce que j'appelle la photographie sans appareil est bien plutôt cette curieuse façon, maniaque mais esthétique, de découper le réel sans laisser de traces; de scruter un visage, de regarder une coiffure ou le bas d'une robe comme on regarde une œuvre d'art; d'encadrer un paysage en disposant partout des fenêtres et des miroirs, ou leur équivalent mental; de cerner le réel comme le ferait un vitrail, mais en effaçant les couleurs pour mieux mettre en relief l'éphémère construction des lumières et des ombres. Bref, les mille et une façons d'échapper au chaos des impressions visuelles, ce qui revient à faire du temps une succession d'images impossibles fixer.»

Les pinceaux de Julien Gorgeart ne sont pas colorés que de peinture, mais d'une certaine façon de vivre le temps, de permettre au spectateur d'inventer des narrations improbables et obsédantes, comme si le présent était une plante en plastique couchée sur un piédestal blanc.

Richard Volante, 2018.
12/10/2018

ATLAS Pax amer ricana Histoire d’une sculpture

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