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Apprendre l’art

Plusieurs artistes-enseignants se sont croisés à l’école régionale des Beaux-Arts de Rennes dans le département Art pendant les années 1980.

Une fois les bases plastiques acquises des deux premières années, les étudiants disposaient de trois années pour concevoir et développer un projet personnel pour passer leur diplôme.

L’essence d’une école serait de préparer ses étudiants à une autonomie matérielle (sans la structure de l’école) et critique (créer, inventer, innover, se révéler à soi sans la tutelle éducative).

Apprendre à poser les premières pierres qui constitueront (ou pas) une œuvre passe, dans une école d’arts, par l’échange avec des artistes de différentes générations qui eux, ont déjà résolu (ou pas) certaines problématiques et sont plus avancés que leurs élèves dans l’édifice de leur travail (ou pas).

Les 5 personnalités présentées dans l’exposition avaient toutes cette double casquette, artistes et enseignants.

Passé l’enseignement du B.A.-BA technique et historique les enseignants-artistes sont confrontés à des étudiants qui se posent finalement les mêmes questions qu’eux :

Qu’est-ce que l’art ? Comment faire de l’art ? Comment créer du nouveau alors que tout semble avoir été fait ? Et LA question d’une école : comment enseigner l’art ? En regardant l’histoire et ce que les autres artistes ont fait, comment ont-ils résolu tel ou tel problème ? Par hasard ou accident, par virtuosité ou par acharnement, par une ascension tranquille ou par la face nord ? En écoutant ce que vous disent les enseignants, les artistes invités alors que l’époque semble dire qu’il n’y a pas UNE vérité ?

Parce que l’on peut penser qu’il n’y a plus d’académisme aujourd’hui (cette invention française de Louis XIV et son modèle centralisateur pour maîtriser sa féodalité disparate, décidant d’une « étiquette de l’art », de la définition du beau et du laid dont les canons seraient centralisés à Versailles, dans la capitale, la ville tête).

Pendant les années 1980, l’air du temps, la mode dans les écoles des Beaux-Arts était au minimalisme, à l’art conceptuel et au Land Art.

Alors comment enseigner l’art quand on est artiste ?

Lorsqu’un travail d’étudiant semble bon, modes ou pas modes, il peut apparaître à certains comme bon, à d’autres comme mauvais. A l’étudiant de faire ses choix, les avis divergent ou sont contraires dans une école d’art. Il n’y a pas « LA vérité », pas de dogmes, soit. Il y a DES vérités, celles du moment, celles du contexte de l’époque et de l’artiste.

Les six artistes présentés ont transmis avec intention ou sans le savoir quelque chose aux étudiants qui les ont côtoyés. De ce quelque chose les générations d’étudiants en ont fait autre chose, en feront autre chose (ou pas).

Certains sont même devenus enseignants, parce qu’ils aimaient enseigner, et/ou pour gagner leur vie (il n’y a pas d’intermittence du spectacle en art plastiques. Il n’y a pas l’équivalent de l’économie du spectacle vivant dans le marché de l’art). L’enseignement est une chose complexe.

L’enseignement de l’art est une abstraction. Mimétisme, copie, singerie, ambition, rêves, égo, altruisme, collectif, solitude, angoisses, joies, extases, doutes, tout se mélange dans une école d’art et aucun cursus n’est préétabli.

Ces artistes-là ont marqué plusieurs générations d’étudiants, en restant eux-mêmes.

Ils avaient et ont toujours une affinité plastique. Elle se retrouve ici.

Les artistes :

Pierre Antoniucci travaille sur la récurrence, les mondes circulaires et les références théâtrales.
Il navigue entre l’espace plat, la tri dimension de la sculpture, celle de la scène de théâtre et les cycles du jour et de la nuit, de la naissance et de la mort. Pégase est ici le passeur qui nous accompagne dans ces passages.

La sculpture Vie et mort du Bélier de Sylvain Hairy est une pièce majeure de son œuvre. C’est une taille directe sculptée dans du polystyrène et coulée en aluminium.
Elle associe des structures architecturales et géologiques à des formes organiques morcelées mais reconnaissables. Le bélier est un animal qui côtoie l’atelier de l’artiste en Mayenne mais il fait probablement référence au sacrifice biblique et plus intimement à un auto portrait de l’artiste.

Peter Briggs a un lien très fort aux principes de physique des éléments de la nature qui nous entourent. On rentre dans son univers par la Porte du détail et la poésie des matériaux.
C’est une œuvre subtile et ironique, un cabinet de curiosité sculptural.
Pierre Dault vient du graphisme et se tourne aujourd’hui vers la couleur.
Il associe des morceaux d’un puzzle chromatique pour essayer de donner un sens formel aux images qui s’imposent à lui. Ses sujets sont puisés dans son univers quotidien, son chat notamment. 

Jean-Pierre Le Bozec est fasciné par le Caravage.
Cette nouvelle série sur des Bonobos très humains nous renvoie à ses maîtres, Chardin, Velasquez et Wermer avec la virtuosité de la maîtrise du pastel sec qui caractérise son travail. Outre la référence à la toile de Chardin qui représente un singe avec un pinceau à la main, l’artiste parle de la mimesis, cet art de la représentation du monde chère à Platon qui ne pourrait être que singée par l’artiste.

Jean-Yves Boisleve est un lithographe, xylographe et linographe.
Sa sensibilité pour la couleur et ses thématiques sur les paysages bretons nous ramènent à un regard contemporain sur le japonisme et l’école de Pont Aven.

Loïc Bodin