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Les Sillons d'Éole

Si la Galerie Net Plus a déjà accueilli des oeuvres en volume, rarement la sculpture n’y a pris une telle ampleur. La pratique de Pascal Jounier Trémelo, riche dans sa forme et dans son propos, stimule l’imaginaire du spectateur. Pour cette exposition, il met en avant les sillons d’Éole, les creux et les vides dans lesquels le vent peut se faufiler.

 

Informe n’est pas abstraction
Si, à première vue, les oeuvres de Pascal Jounier Trémelo ont l’air abstraites, quand on y regarde de plus près, on a l’impression de reconnaître des motifs ou des matières issus de la vie quotidienne. Or, l’art abstrait ne se rattache en rien au réel, il ne représente ni sujet ni objet, mais s’attache aux formes et aux couleurs pour ce qu’elles sont. Malgré leur aspect informe, voire organique, les oeuvres de cet artiste rennais n’existent que par rapport à un référent réel. Objets de chantier et de la sphère domestique sont au
centre de sa pratique. S’ils sont à peine reconnaissables, c’est en raison de l’approche de Pascal Jounier Trémelo qui s’attache non pas à la représentation de l’objet, mais à son empreinte directe, par le biais du moulage.

 

L’art du moulage
Inscrite dans l’histoire de l’art depuis des siècles, cette technique fait également partie, depuis le début de l’air industriel, de la vie du quotidien. On ne compte plus les objets fabriqués à partir d’un moule, quel qu’en soit le matériau, et le monde de la construction n’est pas en reste. La technique elle-même dans nos vies : tout un chacun a déjà utilisé le moulage, ne serait-ce qu’en cuisine ! Seulement, Pascal Jounier Trémelo n’use pas de moule des plus classiques pour ses oeuvres. Il cherche les trous, les vides qui nous entourent pour les combler et empêcher le vent d’y passer. Serpillère, tapis, poignées de main ... Ces objets du quotidien et ces vides auxquels on ne prête pas attention, l’artiste les utilise pour ses oeuvres. Il les transforme en moules et ne s’embarrasse pas de leur faire une coque en dur afin de maîtriser au mieux le processus de fixation, bien au contraire ! Les moules sont mous, informes, si bien que le hasard et les enjeux physiques de la gravité donnent aux sculptures des formes aléatoires, parfois organiques. Le béton, le plâtre ou la glaise vont ainsi se figer en une masse informe créée par les aléas. De ce fait, le travail de l’artiste s’ancre profondément dans le réel et dans le quotidien.

Pascal Jounier Trémelo s’inscrit ainsi dans la directe lignée d’artistes tels qu’Auguste Rodin ou Alberto Giacometti, mais se rapproche surtout des mondes de l’architecture, de la biologie, de la géographie et des sciences de la terre. Les sculptures de Pascal Jounier Trémelo s’amusent à tisser des liens avec le monde du vivant.

 

Manifester la vérité d’une existence
Pascal Jounier Trémelo laisse une grande part de liberté à la matière, il joue avec le hasard du séchage, avec les fibres qui se prendront dans le béton ou dans le plâtre lorsqu’il utilise des moules en tissu. La réalité de ces objets, leur vérité, s’incruste directement dans ses oeuvres. C’est d’ailleurs la force du moulage : mouler, c’est faire une empreinte et donc prélever un morceau de réalité, un morceau de l’existant.

Il en va de même pour ses dessins. Si l’artiste décide au préalable du motif (une ligne tirée d’un référent réel) qu’il réalisera et répètera sur toute sa feuille, le fait de dessiner sur une table en béton aux aspérités nombreuses va venir déformer ses traits, leur donner plus de corps et de matière. Ce
sont des sillons irréguliers qui se forment sur le papier, en creux et en bosse. Il donne au dessin une matérialité quasi palpable.

L'objet de sa démarche, n’est pas d’inventer ou de représenter, mais de manifester la vérité d’une existence, de révéler le potentiel expressif contenu dans toute chose.