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Les coups de cœur de l'artiste

"L'Iliade d'Homère et l'Ulysse " de James Joice

sont deux lectures qui ont marqué mon esprit, ainsi que ma peinture, d'une manière profonde et inattendue. J'avais entre vingt-cinq et vingt-sept ans lors de ces découvertes. A dix-sept ans en Argentine j'ai pris connaissance à travers l'enseignement de mon maitre de peinture, du Cubisme de Braque et Picasso. Ce Cubisme « paradoxal » me fit perdre le sommeil et me combla de foie.

Plus tard, une fois en Europe, la révélation au Musée Prado avec les chefs d'œuvres de Velasquez, et plus particulièrement La forge de Vulcain. A partir de ce jour j'ai voulu reprendre une palette (je peignais alors à l'acrylique, sur des grands papiers à l'atelier Gustave Singer des Beaux-arts de Paris - 1978). Peu à peu, Seurat, Cézanne, Monnet et Titien ont nourrit une réflexion autour de ce que pourrait être la peinture pour moi. 

Ricardo Cavallo

« Un après-midi de septembre, la fenêtre grande ouverte, j'ai vu des nuages qui s'avançaient lentement, des stratocumulus gonflés de soleil, c'était merveilleux. Je voulais vivre à ce rythme (...). J'ai pressenti que la peinture permettait cela : faire un, avec le monde, avec l'instant du monde. »

Ricardo Cavallo

« Je suis à ma place dans le monde »

Né en 1954 à Buenos Aires, Ricardo Cavallo s'installe en France en 1976.

Parisien d'abord, puis breton d'adoption, depuis dix ans il réalise une œuvre picturale et monumentale, peinte par fragments sur site, puis assemblée à l'atelier.

Il aurait pu accomplir son travail dans plusieurs endroits du monde. Pas partout, mais il aurait pu atterrir ailleurs. C'est comme si la marée l'avait déposé là, à Saint-Jean-du-Doigt, petit village côtier près de Morlaix, là où la côte nord de la Bretagne est si découpée.

« Je suis à ma place dans le monde » dit Cavallo.

Ricardo Cavallo a 25 printemps dans sa tête. Ses cheveux blancs ne sont en désaccord qu'avec son enthousiasme.  Son énergie de jeune homme est à l'image de la couleur dans ses peintures : débordante. Dans son village d'adoption il vit au rythme des marées et des « fenêtres  de peinture » que la météo ouvre ou referme. Avec son « barda » de peintre sur le motif, il arpente les côtes et les déserts de rochers laissés subitement à l'air par une mer qui s'en est allée voir ailleurs.

Et là c'est Tintin sur la lune. Chaque morceau du puzzle qu'il va patiemment glaner à chaque marée, va constituer une œuvre. Lui qui porte dans son nom et dans sa vie les stigmates des « découvertes » du nouveau monde, il rend la pareil à l'ancien monde en nous re-découvrant nos rochers.

Cavallo ne sait pas pourquoi il peint, pas plus que nous ne savons pourquoi son travail nous fascine. Il produit une œuvre singulière et extrêmement puissante, totalement inclassable, plongeant le spectateur dans une expérience physico sensorielle unique, allant des « Nymphéas » de Monet, aux grands « Zip » de Barnett Newman en passant par les paysages fragmentés de David Hockney.

Nous sommes en présence d'une peinture qui « rapte ». Elle ne capte pas seulement le regard, elle nous incite à plonger tout entier dans un bain de couleurs, de formes, d'écritures picturales, de lumières changeantes. C'est de la peinture plongeante, comme le « Big Splash » de David Hockney qui partage cette « manière » d'assembler des bouts de paysages pour en faire une image.

Parce que oui, il s'agit bien d'un tableau qui nous parle de la petitesse de l'homme dans le monde, de sa solitude. Mais une solitude enthousiaste ; la grande jouissance d'avoir trouvé sa place dans le vaste monde, hors du temps, hors des modes.

Voilà pourquoi cette œuvre est forte, captivante et intemporelle.
Voilà pourquoi elle pourrait être moins méconnue.

Loïc Bodin
Directeur artistique des Ailes de Caïus
Janvier 2017

Sur l'exposition :

Ricardo Cavallo né en 1954 à Buenos Aires et installé depuis 1976 en France, réalise depuis plus de dix ans un œuvre monumentale au pied des falaises de la baie de Morlaix.

Ricardo Cavallo se confronte en permanence au motif dans son travail, en extérieur sur les plages, dans les rochers ou sur les hauteurs de Morlaix. Il peint directement sur le motif sur des petits panneaux de bois prédécoupés à la même dimension, explorant ainsi le paysage par facette. Le travail proposé par l'artiste à la Galerie Net Plus a été réalisé entre 2003 et 2015.

Ce sont des peintures faites sur plusieurs mois chacune, voire sur des années (4 ans pour certaines et plus encore pour « Pierre de feu », commencé en 2004 et terminé en 2015).

Le thème des rochers s'est imposé à l'artiste en découvrant la nature de pierre que constitue le soubassement de Saint-Jean-du-Doigt. La pierre étant le Gabbro.

Un jardin de pierre qui se découvre lors que la marée se retire et ajoute un charme supplémentaire à la beauté du paysage.

Trois questions à Ricardo Cavallo

1.Pourquoi un argentin se retrouve-t-il à peindre les rochers du nord Finistère ?

C'est la peinture qui m'a amené en France. D'abord, de Buenos Aires à Paris et ensuite de Paris à Saint-Jean du Doigt. Il y a sans doute un mythe (mais je le vois comme une réalité) : celui qui fait de Paris la « capital des arts ». On considère que c'est l'ambiance idéale à chercher quand on veut approfondir un art tout au long de sa vie. C'est pour cela que quelqu'un qui se veut artiste choisirait Paris plus que toute autre ville et, quand la pratique artistique en question c'est la Peinture, la concentration de musées et les œuvres qui s'y trouvent en deviennent la raison principale.


Je suis arrivé à Paris à quand j'avais vingt ans, et j'y ai passé trente ans de ma vie. J'ai eu ensuite un besoin de lumière, d'espace, de concentration dans le désert et je suis presque tombé par hasard sur cette parcelle entre terre et mer de Saint-Jean du Doigt, lieu à la fois étrange et familier. Pas trop éloigné de la capitale où j'avais construit mes attaches affectives, je trouvais que le Finistère étai le lieu qui convenait le plus à la poursuite de mon œuvre. 




2.Peindre sur le motif c'est une pratique du XIXème siècle, comme le faisait Paul Cézanne à la montagne Sainte Victoire. Quelle est la pertinence d'une telle pratique en 2017 ?

Je ne sais pas. C'est absolument pertinent pour moi. J'aime me trouver sous le ciel à peindre. Il me semble avoir un privilège fou de sentir ce que se passe là et cela grâce à l'acte de peindre. Je ne sais pas qu'est-ce que poussait les peintres impressionnistes, Monnet, Cézanne, Van Gogh, à aller vers le motif. Il me semble qu'il s'agit d'un besoin, un désir de liberté aussi. Pas si éloigné de vouloir peindre une grotte parce qu'elle nous offre ses parois. Dans mon cas le ciel est cette grotte. 
Je préfère largement travailler dehors ; quelque chose d'héroïque, d'aléthique, d'exposé m'y attire. Comme si s'était à ce moment-là qu'il pouvait se produire une rencontre d'ordre sacré, celle-ci se matérialisant sans la peinture.




3.Vous enseignez le dessin et la peinture aux enfants ? En quoi cette transmission est importante pour vous ?


Oui, je propose de dessiner et peindre aux enfants en leur donnant un lieu et des matériaux, en les encourageant, grâce à un groupe d'amis qui s'est formé auprès de moi (certains depuis 2007). Cette expérience a été possible à Saint-Jean du Doigt et c'est pour cela que ce lieu est doublement important pour moi. Ainsi il y a quelques choses de l'ordre d'une langue commune qui s'est développée entre nous. C'est avec ce bagage qu'on encourage les enfants à dire tout ce qu'ils ont à dire avec des crayons, des palettes et des pinceaux. C'est important parce que le dessin et la peinture nous aident à nous construire, à prendre de la distance, à créer un rapport avec le monde. Avec une parcelle de ce qui nous entoure mais aussi avec le monde intérieur : nos rêves, nos affects, notre « théâtre intérieur ». Tout cela me semble en définitive plus de l'ordre vital que de l'ordre artistique. C'est en général cet angle d'attaque que je privilégie dans l'enseignement. J'essaye de transmettre le dessin et la peinture comme une façon de grandir. On travaille ainsi sur le portrait et la nature morte comme une forme de réflexion, de contemplation sur l'humain et sur ce qui nous entoure. 
Je ne parle pas souvent d'art avec eux. Un texte dans le genre « Saturne » d'André Malraux travaille dans ma tête constamment : pourquoi certains hommes et femmes consacrent toutes les journées à ce qu'on désigne comme Art me semble un très grand mystère : un abime s'ouvre sous mes pieds chaque fois que je pense aux « phares », aux génies, et la liste est bien longue et délicieuse.
Apprendre l'art
06/06/2019

BEAUX-ARTS 80 ANTONIUCCI - BOISLEVE - BRIGGS - DAULT - HAIRY - LE BOZEC

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