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Les coups de cœur de l'artiste

Films

Dead Man de Jim Jarmusch, Melancholia de Lars von Trier, Madmax de George Miller, Nosferatu de Murnau, Soleil vert de Richard Fleischer, The Wicker Man de Robin Hardy, Orange mécanique et Shining de Stanley Kubrick, Aliens et Prométheus de Ridley Scott, tous les films de David Cronenberg et de David Lynch, La trilogie de la vengeance de Park Chan-Wook, Taxi Driver de Martin Scorsese, Reservoir dogs et Pulp Fiction de Quentin Tarantino,  Le parrain de Francis Ford Coppola, les Star Wars...

Livres

L'alchimiste de Paulo Coëlho, 1984 de George Orwell, Le meilleur des mondes d'Aldous Huxley, Le parfum de Patrick Süskind, La métamorphose de Franz Kafka, Le nom de la rose d'Umberto Eco, Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde, Dracula de Bram Stoker, Les trois mousquetaires, Vingt ans après et Le vicomte de Bagelonne d'Alexandre Dumas, Les Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle, Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski, Les fleurs du mal de Charles Baudelaire, Nouvelles histoires extraordinaires d'Edgar Allan Poe

Œuvres

Le vol des sorcières de Goya et sa série de gravure Les caprices, les gravures d'Albrecht Dürer, Le bœuf écorché de Rembrandt, Tenture de l'apocalypse au château d'Angers,  Squelettes se disputant un hareng-saur de James Ensor, 

Le retable d'Isenheim de Matthias Grünewald, L'agneau mystique des frères Van Eck, Le jardin des délices de Bosch, L'île des morts de Bocklin, L'extase de Sainte Thérèse de Le Bernin, La série Wilder Mann de Charles Fréger

Artistes

Gustav Doré, Vincent Van Gogh, David Hockney, Henry Darger, Édouard Vuillard, James Ensor, Francis Bacon, Frida Kalho, Pablo Picasso, Caravage, Goya, Daniel Richter, Otto Dix

La couleur de la nuit

La terre des rêves

Au commencement était un parc d'attraction abandonné.

Lors d'un séjour en Allemagne, Maël Nozahic est happée par ce lieu qui a incarné la vie débordante et qui, pourtant, n'est plus.

Elle fait des clichés photographiques qu'elle utilisera comme décor pour son travail plastique.

Elle s'inscrit sans le savoir dans une lignée d'artistes, Futuristes et Surréalistes qui, dès le début du XXème siècle, ont perçu le potentiel des parcs de loisirs. En Europe, les Surréalistes fréquentent la foire du trône. Aux Etats Unis, John Stella peint les lumières des nuits de Luna Park. La culture de masse croise alors celle des érudits de la peinture.

Etrangement, tout l'univers de Maël Nozahic est déjà contenu dans l'histoire de Dream Land à Coney Island ou celle de Luna Park.

Les visions des villes futuristes imaginées dans ces premiers parcs réalisés en carton-pâte ressemblent étonnamment aux nôtres aujourd'hui. Les manèges de chevaux de bois sortis tout droit d'un « Pinocchio » de Luigi Comencini, les montagnes russes et toboggans aquatiques, un village de nains et des « freaks » chers à l'univers du cirque, la destruction rituelle d'une partie du parc par les flammes inscrivant l'autodestruction au cœur de la scénographie d'une journée festive, les figurants de toutes origines européennes parqués dans l'île et inquiétant les notables de la grande ville toute proche, tout est réuni ici comme dans les toiles de Nozahic. Attirer le chaland par les lumières qui scintillent, les couleurs qui claquent et les bruits de la fête pour mieux l'apeurer et le détrousser.

 

De vie et de mort

Ce sentiment ambivalent d'attraction/répulsion est une clef de lecture de la peinture de Maël.

Les forces s'opposent dans sa peinture prenant souvent la forme de deux figures qui s'affrontent sur fond de nuit, comme un combat pictural d'Eros et Thanatos cher au découvreur de l'inconscient* ou à la lutte biblique de Jacob avec l'ange* dans l'ancien testament.

Les sujets de l'artiste sont tous là, présents/absents : manèges, carrousels multicolores, danse, ronde, folklore, monstres, magie, sorcellerie, musique sourde, bestiaire fantastique, ils répondent tous à l'appel de la peintre qui leur donne rendez-vous au parc d'attraction qui l'a fasciné à l'origine de sa création au point qu'elle décide d'y camper son chevalet mental.

 

Canivet

Le principe du collage qu'elle a expérimenté dans une série de Canivets*, elle l'applique à ses images qu'elle compose d'éléments qui pourraient paraître hétérogènes, cacophoniques et qui finissent par créer une joyeuse mais inquiétante harmonie.

De cette ancienne pratique, elle a gardé l'assemblage que l'on retrouvera dans tout son travail pictural et en volume.

 

Meute

De la fête et du carnaval, elle garde l'appétence du volume.

Ce qui l'intéresse n'est pas vraiment la sculpture mais la troisième dimension. Son approche s'apparente plus à des effigies de carnavals sorties d'une toile, attendant le char qui ne saurait tarder pour accueillir ces hyènes polychromes, charognardes,  rigolardes,  prêtes à se repaitre de nos propres bacchanales.

 

Une peinture à dormir debout

Dans certaines séries, les personnages sont seuls comme celles des Mondfängers, isolés et plein cadre dans un monde théâtral où la terre est une scène et la nuit un rideau de fond.

L'artiste a réalisé cette série dans le village entouré de forêts de Meisenthal en Moselle où les habitants sont appelés les attrapeurs de lune, à cause d'une légende locale selon
laquelle nous dit l'artiste : « Quelques habitants, une nuit un peu arrosée, auraient tenté
d'attraper la lune qui se reflétait dans un étang, en y faisant boire
une vache afin de le vider et de pouvoir ainsi l'y récupérer. »

Dans d'autres, ils dansent en costume traditionnel et peuplent son univers muet qui pourtant résonne comme la bande son d'un film d'Emir Kusturica.

 

Dromomanie

Un pèlerinage* est un cheminement effectué par un croyant. Le pèlerin (nous ? l'artiste ?) est le croyant qui va voyager vers un lieu de dévotion (la peinture ?), vers un endroit circonscrit (l'œuvre ?) tenu pour sacré selon lui, car supposé contenir un lien direct avec une divinité grâce à une relique, une légende, une source, un arbre.

Nozahic nous convie à prendre notre bâton de pèlerin pour, comme ses figures peintes, convoquer nos joies et nos peines, nos envies et nos peurs sur la scène de ses petits théâtres ambulants que sont chacune de ses œuvres, comme celui de Mickey Sabbath dans les rues de New York où le marionnettiste a un goût prononcé pour l'amour, l'auto dérision et l'auto destruction*.

Un travail hors du temps qui prends ses sources dans nos rêves passés et à venir, comme une prémonition d'une fée au pinceau magique de la sombre forêt du Fouesnant.

 

Loïc Bodin

Octobre 2017

 

*Sigmund Freud, « Malaise dans la civilisation », 1929
*Jacob croit se battre contre un ange mais c'est contre Dieu qu'il livre son combat
*Un Canivet est un genre particulier d'image pieuse de l'iconographie chrétienne. Le « Canivet » désigne également l'outil qui permet le découpage.
*du latin peregrinus, « étranger »
* Le Théâtre de Sabbath, roman de Philip Roth, 1995

 

Biographie

Portrait-artisteMaël Nozahic est née en 1985 à St Brieuc. Elle vit et travaille entre Paris et à la Forêt-Fouesnant. Elle a fait ses études à l'EESAB site de Quimper et à la Staatliche Akademie der Bildenden Künste à Karlsruhe (Allemagne).

 

Après l'obtention de son diplôme national supérieur d'expression plastique en 2009 à l'école européenne supérieure d'art de Bretagne- site de quimper, elle s'installe à Berlin où elle développe son travail personnel et approfondit sa formation en travaillant comme assistante d'artiste. Ses œuvres sont très vite exposées dans la capitale allemande au sein de plusieurs galeries et dans des institutions tel que l'Institut Français.

C'est également à Berlin qu'elle fonde le Collectif Körper (avec Klervi Bourseul, Cédric Le Corf et Arnaud Rochard) dont l'objectif est de promouvoir les jeunes artistes à travers des événements artistiques et la création d'éditions. A ce jour, Körper a organisé 19 expositions en France, en Allemagne et en Belgique et a présenté le travail de 92 artistes.

En 2010, la galeriste parisienne Eva Hober l'invite à participer à « La belle peinture est derrière nous » à Istanbul, Ankara, Maribor et au Lieu Unique à Nantes, aux côtés d'artistes reconnus tels que Jérôme Zonder, Damien Deroubaix ou encore Ida Tursic & Wilfried mille.

A partir de 2011, elle travaille avec la Galerie Maïa Muller chez qui elle réalise trois expositions personnelles à Paris.

En 2012, son travail est remarqué par l'académie française et elle obtient le prix de peinture « Lesquivin-Garnier ». Deux ans plus tard, la Drac Bretagne lui accorde l'aide individuelle à la création pour un ambitieux projet d'installation sculpturale intitulée « Le fléau ».

Plus récemment, Maël Nozahic a réalisé une résidence-mission Artu organisée par les universités du Nord-Pas-de-Calais et la Drac Nord-Pas-de-Calais/Picardie et une double résidence de création proposée par la ville de Brest.

 

L'exposition à la galerie Net Plus présente des œuvres emblématiques de son travail (peintures, gravures et sculptures) ainsi des œuvres récentes.

 

Plus d'infos sur : https://maelnozahic.com/

http://base.ddab.org/mael-nozahic

TROIS QUESTIONS A L'ARTISTE :

1.Pourquoi le titre Dromomanie ?

Ma récente série d'encres sur papier et de peintures sur toile représente des personnages en costumes de carnaval d'origines hétéroclites qui marchent seuls dans une nature acide ou se réunissent pour danser à la manière de chamanes. Ils ont comme attributs des bâtons de marche et pour titre "Les pèlerins". La notion de pèlerinage semble ici plus spirituelle que religieuse, les personnages avancent vers quelque chose, ils ont un but secret.


La dromomanie est un ancien terme psychiatrique pour décrire l'envie irrésistible de vagabondage, de fugue, encore formulé par Charcot  "d'automantisme ambulatoire". La notion de fuite consciente s'oppose ici au concept de pèlerinage malgré le mouvement de déplacement commun aux deux termes. Cet antagonisme psychologique et philosophique m'intéresse en ce qu'il met en évidence le désir de l'Homme qui se cherche lui même tout en désirant fuir, consciemment ou inconsciemment, une société oppressante.

Ce retour à la nature, à première vue bucolique, semble finalement relever d'une obligation de survie pour ces êtres revêtus de peaux de bêtes comme dans les temps anciens difficiles. Car le paysage porte les traces dévastatrices d'une industrialisation majeure (ciel rosé de pollution, arbres coupés etc.) sans pour autant offrir d'abris. La dromomanie semble ici nécessaire et le pèlerinage expiatoire, il s'exalte dans la rencontre de l'autre et rejoint l'idée de la célèbre citation de Confucius, "Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir". 

2.Pourquoi les couleurs de la nuit ?

"Les couleurs de la nuit" est le titre que Loïc Bodin a donné au texte de présentation pour mon exposition à la galerie Net Plus. Ce quasi oxymore me fait penser à celui de Pierre Corneille dans Le Cid: « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles.»


Loïc Bodin résume dans ce titre ce qui picturalement se dégage de mon travail, une ambiance nocturne et une vaste palette de couleurs assemblées. Influencée par l'expressionnisme allemand et sa violence chromatique, par des grands coloristes tels que Van Gogh, Vuillard, Bonnard, Gauguin, les couleurs, multiples et vives, apportent un contraste  avec les nombreux symboles "noirs" qui parsèment mon travail: masques-trophées, animaux de malheur, monstres etc. 
Quand à la nuit, elle se décline sous forme de crépuscule rosé ou de ciel étoilé. Car la tombée du jour est le moment clé entre deux mondes et que la nuit est le théâtre des fêtes, des Sabbats, des apparitions et des songes. 

3.C'est quoi la part de l'enfance dans ton travail ?

Dans ma série précédente qui traite des parcs d'attractions abandonnés, l'enfance est suggérée par la représentation des manèges et des chevaux de bois. Un parc d'attraction abandonné, c'est comme une petite mort de l'humanité: les cris et les rires des enfants, les ballons et les confiseries, le rythme effréné de la musique et des manèges ne trouvent plus aucun écho dans un tel endroit, les symboles s'inversent et le monde est renversé.


Il y a très peu de représentation d'enfants dans mes peintures, mais on trouve dans l'exposition à la galerie Net Plus, un petit arlequin dépeint dans "Manège II". Son allure presque sculpturale contraste avec la vivacité du cheval de bois qui semble mordre l'enfant, fantôme d'un souvenir lointain. Dans "Mondfänger II", un groupe de fillettes pose avec des costumes d'origine roumaine découverts à travers une photographie de Charles Fréger. Elles paraissent attachées l'une à l'autre et nous observent avec des yeux de hiboux. Elles semblent à la fois stupéfaites et hilares face à ce qu'elles voient et se fondent ensemble pour mieux y faire face.

L'enfance dans mon travail est donc plutôt suggérée par des symboles (les couleurs vives qui apportent une forme de naïveté aux scènes, les attractions, les déguisements) et se présente à notre esprit grâce aux contes que nous nous inventons face à ces personnages mystérieux.
Richard Volante, 2018.
12/10/2018

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