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Les coups de cœur de l'artiste

"Border" film (un peu) fantastique suédois qui parle de la monstruosité et de ses frontières.
Dans la même veine il y a aussi "Corps et âmes" l'histoire d'une rencontre de deux personnes un peu handicapées socialement qui se rerencontrent en rêve la nuit sous la forme d'une biche et d'un cerf. (Tiens Silvia pour l'animalité !)
Pour les livres "La machine à désir infernales du dr Hoffman" d'Angela Carter, du réalisme magique et fantasmagorique, quelque chose!
Ou "Watership down" de Robert Adams une sorte de vis ma vie du lapin du plus évolué du terrier.

Les corps graves

Claire Morel pratique le dessin.Son travail est l’art du laisser faire.Elle se rapproche se faisant de l’écriture automatique de ses pairs surréalistes.Son travail est intimiste.Ses formats ne dépassent jamais l’amplitude de son bras. Ses moyens sont sobres : dessin au crayon à papier, aquarelle, crayons de couleur.Elle n’a pas de thématique.Le sujet s’impose à elle comme à nous.Elle est actrice et observatrice de son propre travail.Elle pratique l’art du collage graphique avec les mêmes absurdités visuelles que nos rêves les plus ininterprétables.

Dans « Film socialisme » Jean-Luc Godard parle de notre société du collage visuel.  Il prend la métaphore, des zones artisanales et commerciales qui cernent aujourd’hui nos grandes villes. Lorsque l’on rentre en voiture dans la périphérie d’une ville ont est assaillis  (sans toujours en avoir conscience) de toutes ses informations visuelles qui s’imposent à nous : panneaux de code de la route, images publicitaires vantant tels ou tels produits, logos d’entreprise, tags, propagande politique. Cette somme d’informations visuelles n’est le plus souvent perçue que par bribes.

Comme nous sommes en mouvement dans la voiture on ne retient qu’une lettre, une syllabe, un élément de la photo, une des couleurs etc. Godard nous explique que l’on fabrique ainsi une nouvelle image composite de ce magma d’images. Cette recomposition va se faire en fonction de notre humeur du moment, de nos préoccupations, de nos angoisses, de nos attentes évidemment toutes différentes les uns des autres. De cette hyper stimulation visuelle dont nous n’avons même plus conscience va naître un processus d’interprétation stocké dans les limbes de notre cerveau qui peut ressurgir à d’autres moments.

C’est de cette amalgame aléatoire et intime dont nous parlent les images composites de Claire Morel.

Le protocole du laisser-faire qu’elle pratique dans la scène fermée d’une feuille de papier est propice à la création de chimères sur lesquelles nous calquons, nous spectateurs, nos propres vies.

Ces nouveaux corps recomposés évoluent la plupart du temps dans le non-lieu de la feuille blanche, sans perspectives distinctes, dans une espèce d’apesanteur flottante, là où la gravité serrait plus symbolique que physique.

On y retrouve des références surréalistes à Magritte et plus récemment aux dessins d’un Philippe Mayaux. Mais il y a du Topor et du Willem aussi.

Corps graves donc, fixés par une apparence de précision du trait qui nous leurre et nous emporte dans un monde d’incertitudes indéfinies.

Et pourtant chaque petit monde que nous donne à voir la dessinatrice a son histoire propre, silencieuse et arrêtée. Elle est bien dans le monde mais à l’abri de son bruit et de sa vitesse.

Loïc Bodin, décembre 2019

Trois questions à l’artiste

1.Pourquoi les titre Les corps graves ?

Les corps graves c'est un titre pour brouiller les pistes, parce que j'aime bien jouer avec la polysémie des mots et avec les ambiguïtés.

Les corps graves c'est une façon scientifique de définir tous les corps qui sont soumis à la loi de l'attraction terrestre, ce qui est le cas pour tous les êtres humains, et c'est une manière péjorative de parler de choses qui sont hors normes, qui ne respectent pas les codes esthétiques ou moraux.

Dessiner c'est pour moi une façon de repousser ne serait-ce que légèrement les frontières de l'étrangeté et comme la dérision à une grande place dans mon travail les corps sont graves mais c'est peut être pas si grave.

2.Peux-tu nous parler du protocole de « laisser faire ? »

Le protocole du laisser faire, c'est le protocole des surréalistes par excellence, c'est laisser faire l'inconscient, voyager dans sa mémoire en laissant se côtoyer le passé, le présent et le futur.

C'est beaucoup de concentration et une lutte aussi pour ne pas laisser l'intellect juger et re-fabriquer des images toutes faites qui ne m'appartiennent pas vraiment, qui sont dues à mon éducation, mon environnement, ma culture, en fait je jongle avec tout ce qui me passe par le tête et ensuite je dose.

C'est accepter les accidents voire les provoquer pour aboutir à quelque chose qui étonne que je n'avais ni prévu ni envisagé. Mais ça ne marche pas à tous les coups, l'essentiel étant d'avoir été sincère et d'accepter le résultat même si il déplaît.

3.Chaque dessin peut être vu comme un énigme à résoudre. Tous sont accompagnés d’un titre. Quelle est la place de l’écriture dans ton travail ?

L'écriture n'est pas primordiale dans mon travail mais elle très présente, c'est ça l'énigme, les mots accompagnent mes dessins ils sont directement écrits sur ma table à dessin mais ils ne sont pas fiables, ils se diluent dans le temps, je pourrais trouver un nouveau titre à chaque fois que je revois un dessin. Je préfère parler avec des images, comme ça rien n'est figé et c'est ça qui préserve le mystère.
Mouna-Saboni-5
16/09/2020

Les Rencontres Photographiques de ViaSilva #3 Mouna Saboni et Jeremias Escudero

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